Cracher sur la mémoire des victimes de la contamination atomique n’est pas un délit négationniste.
Ceux qui conçoivent les armes atomiques, en connaissent la masse et le rendement de fission le savent parfaitement. Personne ne largue une bombe atomique sans avoir au préalable déterminé à quelle altitude la faire exploser. Exprimé en langage courant, cela signifie qu’il faut préméditer « politiquement » l’ampleur du dommage radiologique local recherché, qui sera soit momentané, soit éternel… selon les humeurs belliqueuses… Chacun sait que l’uranium et le plutonium ne sont pas seulement des explosifs (qui, soit dit en passant, ne consomment en moyenne globale qu’environ 10 % de leur masse en en dispersant dans l’air pas moins de 90 % telle quelle[1]), mais qu’ils sont surtout des poisons à très longue demi-vie extrêmement violents et patients lorsqu’ils sont incorporés, tout comme le sont leurs produits de fission et d’activation.
Tous les états-majors savent parfaitement qu’une ogive atomique est aussi, en soi et fatalement, une bombe sale, capable de contaminer plus ou moins intensément les sols selon l’altitude à laquelle on la fait exploser. (0,1 curie par km² de plutonium 238 -6 milligrammes- ou de plutonium 239 -1,6 gramme- déposés au sol sous forme de particules fines, et c’est une zone interdite. Une catastrophe radiologique multiséculaire ne pèse pas lourd.) Un engin dont les résidus réduits en particules fines sont capables non seulement d’irradier de manière externe par les gamma artificiels qui s’élèvent du sol, mais aussi et surtout de contaminer dangereusement par voie interne les êtres vivants qui mangent et respirent sur place. Tout le monde sait qu’un engin atomique tue davantage à retardement, sur un temps infiniment long et à l’échelle de la planète entière, par la contamination interne via l’alimentation et la respiration, qu’à l’instant même par l’irradiation externe.
Autrement dit, pour rendre le propos concret en se mettant dans la peau horrible de celui qui prend cette décision atomique et en choisissant Paris comme cible stratégique imaginaire et aléatoire, avant de lancer la bombe atomique nous devons décider si nous nous contentons de démolir la ville et tuer, ne serait‑ce que par l’éclair gamma et neutronique, ses habitants, en faisant détoner l’engin à une altitude supérieure au rayon de sa boule de feu, de façon à ce qu’il n’y ait PAS de retombées locales de particules radioactives en raison du puissant appel d’air vers le haut qui suit toute détonation atomique incandescente, mais qu’il n’y ait « que » des retombées radioactives « mondiales ».
Ou bien, à l’inverse, si en plus de détruire Paris et de massacrer tous ses habitants, nous voulons aussi « politiquement » empêcher sa reconstruction future en faisant exploser l’engin au sol, de manière à transformer le lieu en zone interdite « éternelle », inhabitable et inculte, du fait que 10 à 30 % des résidus radioactifs persistants de l’ogive reposeront sur place dans ce cas.
À Hiroshima et Nagasaki, la première option a été choisie par les américains, préservant le furtur proche des deux villes, notamment en vue du débarquement de leurs propres troupes, et réservant l’ensemble des retombées à la planète entière sans avenir lointain, raison pour laquelle elles ont pu être reconstruites. Les deux villes étaient en effet exemptes de contamination radioactive particulaire, à l’exception des rares mais extrêmement agressifs produits d’activation au point zéro, générés par les neutrons qui se sont enfoncés dans le sol et les bâtiments[2]. S’ils avaient opté pour une détonation au sol, Hiroshima et Nagasaki seraient deux autres Tchernobyl ou Fukushima inhabitables.
Tous les physiciens nucléaires civils et militaires le savent, et l’AIEA le sait aussi ; une AIEA qui, à coup sûr, ne déménage ni à Tchernobyl, ni à Fukushima, ni dans aucun lieu où des essais atomiques avec explosion au sol ont été effectués. (Regarder ce que font[3] -et ne ne font pas- les instituts « nucléarisés », jamais ce qu’ils disent. Ils sont tous martiaux pour pousser, avec le fusil de la fausse rhétorique physique, les populations vers les camps de concentration atomiques, mais eux font tout pour ne pas y mettre le pied longtemps. Il faudrait une loi impérative contre quiconque propage l’innocuité des retombées nucléaires. C’est une contre‑vérité physique et médicale ennemie de la sécurité publique mondiale, un crime contre l’humanité. Et c’est exactement comme appeler « douche » une chambre à gaz, en s’y enfermant de surcroît volontairement.)
Nous invitons donc cordialement les négationnistes atomiques qui, en diverses langues, comparent Hiroshima à Tchernobyl pour en tirer de fausses conclusions sur la propreté des engins atomiques qui ont radiopollué la planète entière et continuent de tuer partout dans le monde à en outre comparer les îles Marshall, Lop Nor, Semipalatinsk, Muruoa ou Maralinga où des engins ont explosé au sol à Tchernobyl et à Fushusima pour n'en voir aucune différence substantielle en terme de salissure locale du terroir. Nous les convions aussi à passer des paroles aux actes en allant, cobayes sans frontières, vivre joyeux précisément dans ces zones interdites militaires où personne ne mourra jamais. Ils auront là l’opportunité de démontrer sur leur propre peau et sur la génétique de leurs petits‑enfants que l’AIEA, les gouvernements et les états‑majors se trompent depuis toujours en tenant dûment compte des retombées atomiques létales à toutes les doses.
D’autres ont échoué, en un certain sens, à prouver que le Zyklon B était un bain moussant ; nous sommes certains que vous, de l’internationale négationniste, n’échouerez pas à réfuter les preuves matérielles accablantes apportées par les scientifiques militaires eux‑mêmes. Grâce à vous, les superpuissances, jusqu’ici freinées par leur propre personnel et par des hôpitaux bondés d’agonisants, pourront enfin employer ces bombes bénies au bord de la rouille qui, en définitive, sont -éloquente découverte de votre part- simplement puissantes mais nullement contaminantes. À bas les retombées ! À bas des bibliothèques entières multilingues consacrées au sujet, avec relevés spectrométriques et preuves à l’appui. À bas les barrières de confinement autour des sites d’explosions atomiques au sol et des centrales éventrées ! Qu’on élève un centre touristique exclusif dans le limpide atoll de Mururoa et un autre à Fukushima entre mer et montagne ! Quel bonheur. Vive les catastrophes nucléaires et la guerre atomique ! Ce n’est plus une contamination radiologique sans cessez‑le‑feu. Une découverte suprême. Et c’est, au fond, ce que vous chantez insouciamment en chœur multilingue. Continuez donc, vous serez exaucés.
Le prix Nobel posthume vous attend, il n’y a aucun doute possible. Même s’il est vrai qu’il n’est nul besoin que vous vous déplaciez vers les zones maudites en liquidateur, pompier ou simple scientifique zélé pour prouver qu’on y vit très bien, immunisé contre toute irradiation : les particules fines viennent à vous à chaque respiration, où que vous vous trouviez. Les essais atomiques -dont nous avons encore au moins 100 tonnes de radiotoxiques alpha (U235 et Pu239 essentiellement) en circulation atmosphérique-, Tchernobyl, Fukushima, l’uranium appauvri pulvérisé par milliers de tonnes, les effluents quotidiens des réacteurs nucléaires entrent à chaque instant dans vos corps et s’installent dans vos cellules pour irradier de l’intérieur, de façon chronique, l’ADN, déclenchant toutes sortes de troubles et de pathologies. Ce n’est qu’une question de temps. La dure lex atomica est impitoyablement la même pour tous, pour toujours et partout.[4]
[1] Les environ 5 tonnes de Pu239 disparues pas fission dans une partie des engins ont même été à court à terme intégralement reconstruites par activation de l’U238 par tous les engins. En réalité seul l’U235 a perdu de la masse durant ces tests.
[2] Ce phénomène est connu sous l’acronyme NIGA (Neutron Induced Ground Activation -activation du sol induite par les neutrons). Il y a environ 20 ans une preuve matérielle en a été apportée par la découverte d’un fragment de cuivre provenant de la célèbre coupole d’Hiroshima, contenant du nickel radioactif produit par activation neutronique du cuivre de son dôme. Ce nickel 63 a été induit par le flux de neutrons émis lors de l’explosion, via la réaction nucléaire 29Cu63 (n,p) → 28Ni63.
[3] Un général français se fit photographier immergé dans la lagune de Mururoa la veille d’une explosion atomique. Deux jours plus tard, les journaux, photo balnéaire à l’appui, titraient : « Le commandant se baigne le lendemain de l’explosion. La lagune est propre. » Le mensonge nazi de la « douche » fut ainsi promptement adopté et adapté par les « démocraties » nucléaires.
[4] Notre sperme européen est déjà, statistiquement, foutu. Et ces pauvres jeunes désespérés qui sont entré massivement en Europe, après avoir respiré d’énormes quantités d’uranium appauvri lors des guerres des Balkans, du Golfe et de l’Afghanistan, apporteront plus de maladies que d’enfants. Le scénario est déjà écrit et il sera tragique.
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