jeudi 3 septembre 2020

Hommage à Massimo Bonfatti. (Mondo in cammino)


Notre noble et chaleureux ami Massimo Bonfatti, fondateur et président de l'association anti-nucléaire «Mondo in Cammino», s’est éteint. Son coeur affaibli, par le césium respiré ici sous retombées et là-bas sous re-suspensions nous lança-t-il un jour, l’a abandonné ce 1 septembre 2020 alors qu'il se trouvait en Sardaigne pour une courte vacance avec sa famille avant de repartir en Biélorussie aux alentours de Chernobyl, « For children, for the future. Per un mondo nuke free e di pace».  Fondée sous ses auspices en 1998 avec le nom de «Progetto Humus»  pour porter une aide agro-alimentaire qui garantisse une nourriture saine aux villageois laissés pour compte des territoires « ex soviétiques » contaminés suite à la catastrophe de Tchernobyl,  son association solidaire a peu à peu étendu son camp d’action à la didactique de la radioprotection, au social, à l’instruction, à la santé et au respect des droits de l’homme.

Massimo Bonfatti est né en l’année atomique 1953 où 723 kt de radiotoxiques réduits en poussières fines respirables furent éparpillés dans l’atmosphère par 18 bombes atomiques. Originaire de l’Emilie, il résidait depuis longtemps à Carmagnola dans le Piémont où il avait fonction d’infirmier en chef à l'hôpital San Lorenzo jusqu’à sa toute récente retraite. Engagé dans le volontariat dès son plus jeune âge, adulte il s’est concentré sur les conséquences des retombées radioactives de Tchernobyl jusqu’à devenir une voix de la société civile en la matière et faire de son site une référence documentaire unique en Italie. En 15 ans d’incessante activité, conscient du défi pour sa propre santé mais fort de son indéfectible conviction humaniste et de sa connaissance du russe et de l’ukrainien, il a effectué de très nombreuses missions d’assistance dans les zones passablement contaminées d’Ukraine et de Biélorussie constatant chaque fois de visu la douloureuse ampleur de ce désastre sanitaire sans fin laissé en héritage par les retombées radiotoxiques de 1986 que l’on s’empresse depuis de nier à tout prix. Il a en outre mis en oeuvre des projets intercommunautaires dans un Caucase déchiré par les conflits interethniques ce qui lui a récemment valu avec son équipe de paix d’injustifiables menaces de mort au Donbass. 

Personnalité internationale de la société civile engagée tant sur le plan atomique que des droits de l’homme, Massimo Bonfatti avait tissé une amitié  personnelle avec Yuri Bandazhevsky, Vera Politkovskaya, Akhmed Gisaev (militant tchétchène des droits de l’homme victime de la torture), Shakhman Akbulatov (directeur du Mémorial Grozny, exhilé en France), Arkadi Babchenko (écrivain), Dmitri Florin (journaliste russe exhilé en Finlande), Ella Keseva (association des victimes de Beslan), Svetlana Gannuskina (présidente de l’association de Grosny « Sauvons notre génération » assassinée en 2009). 

         Massimo Bonfatti n’est plus. Mais sur la voie qu’il a contribué à tracer d’autres cheminent déjà et d’autres chemineront encore remplis de sa débordante humanité.

lundi 20 juillet 2020

Metsamor ou l'autre guerre atomique.


La menace publique aussi inouïe que suicidaire de bombarder la centrale atomique de Metsamor en Arménie proférée (par la voix de son attaché de presse) par le ministre de la défense de l’Azerbaïdjan, pays non aligné, ne laisse pas d’inquiéter en ce qu’elle préfigure. C’est, on ne peut se tromper, une déclaration de guerre totale (pour une querelle de pipeline avec l’Arménie) envers l’entière communauté internationale. Si elle était mise à exécution, elle porterait à des représailles atomiques immédiates contre Bakou voire ses alliés. N’en doutons pas un instant. Attaquer une centrale atomique n'est pas un droit de l'homme mais un crime contre l'humanité. La capitale de l’Azerbaïdjan subirait pour cela même très probablement à mode de réponse « graduée » des explosions atomiques intentionnellement basses afin de contaminer définitivement les lieux et empêcher de reconstruire là pour des millénaires. Mais plus en général ces déclarations insensées sont également malgré elles l’expression d’une incontournable vérité d’état-major qui met fin au mythe de l’atome de la paix et ouvre le vase de Pandore de l’autre dissuasion.

Toute installation atomique est de fait une arme de destruction de masse par destination. Les réacteurs de production ou de recherche, les centres de retraitement et de gestion des déchets sont les indiscutables vecteurs d’une dissuasion sale promotrice d’extinction génétique générale. Ces poudrières remplies d’agents radiotoxiques pulvérisables sont de fait capables d’empoisonner à jamais les territoires par retombée. Pour les plus performants d’entre eux, c’est une simple affaire de dépôt de quelques milligrammes par km2. Et c’est par dizaines de kg qu’on les trouve mêlés à d’autres dans chacun de ces édifices. Autrement superpuissantes, toutes ces innombrables zones interdites contingentes éparpillées dans le monde s’affichent fièrement comme cibles stratégiques de dispersion radiologique et s’offrent à n’importe quel feu ennemi ou à n’importe quel cataclysme naturel.  (Le manteau terrestre basculant des pôles aux équateurs tous les 6000 ans, la renaissance écologique sur terre est d’ores et déjà dramatiquement compromise. Notre civilisation de la science sans conscience pourrait bien être la dernière, la véritable der des ders... Nos dépotoirs ont en effet assez de rebuts radioactifs pour réduire entièrement à zone interdite une superficie jusqu’à 10 fois plus grande que notre planète.)

Note, provisoirement, heureuse du 21 juillet.  Marche arrière des "azers". Mais les dés de  la dissuasion autre sont publiquement lancés. Les doctrines en la matière sont amplement à revoir.  Les bombes atomiques risquent de ne plus servir au final qu'à protéger des menaces asymétriques les centrales atomiques, ces crimes confinés mais déconfinables contre l'humanité.
Atom for peace is good for war. Voilà hélas bien la seule et la plus tragique des leçons à tirer.

Post Scriptum. Nous invitons nos visiteurs à la lecture du précieux ouvrage géologique de Thomas Chan The Adam And Eve Story: The History of Cataclysms.