samedi 31 janvier 2026

De la fusion thermonucléaire

 

Une bombe H ne produit pas assez vite tout le tritium dont a elle besoin pour atteindre son maximun de puissance théorique et le fabrique sur une durée trop longue pour pouvoir fusionner toute sa production à temps, déversant ce trop plein radioactif qui contamine le milieu à un taux d’environ 2,2 kg/Mt.

Un inventaire de tritium non consommé correspondant à environ 30 % de la masse de tritium effectivement fusionnée a été dispersé dans l’environnement lors des essais atomiques atmosphériques. En chiffres trop ronds, 2 tonnes de H3 ont fusionné et 600 kg ont été généreusement dispersés dans l’environnement.

Ce tritium “non consommé” provient d’une production in situ intervenue quelques nanosecondes après la fermeture de la fenêtre de combustion thermonucléaire efficace. À l’inverse, le tritium présent ou produit durant l’intervalle temporel réellement utile (≈ 2 nanosecondes autour du pic de compression) a, pour l’essentiel, entièrement fusionné. Tout le H3 disponible à ce moment là a pratiquement été d’office consommé par fusion et a disparu de la carte en tant que radioélément.

Si les bombes thermonucléaires montrent par ailleurs un structurel “défaut de puissance” en ne réalisant que 20 kt/kg au lieu des 81 kt/kg théoriquement accessibles par une mixture deutérium-tritium parfaite ce n’est absolument pas parce que seulement 25% du H3 présent fusionnerait mais parce qu’elles échouent à en fabriquer assez pour cela en moins de 2 nanosecondes. Le tritium requis pour un rendement idéal n’est simplement pas produit in situ en quantité suffisante durant l’infinitésimale fenêtre temporelle utile. C'est celui qu’elle continue de forger “hors délai” qui viendra contaminer le monde. Il faudrait une compression de quelques nanosecondes de plus, capable de maintenir la température haute et d’allonger assez le temps de combustion, pour atteindre l’explosion maximale possible. 

Les bombes thermonucléaires manquent de la sorte toutes leur climax pour une poignée de nanosecondes. Qu’on ne sache parfaire ces armes de destruction de masse et d’espace qui pulvérisent le monde de la radiotoxicité à échelle géologique de leur premier étage (mais troisième étage aussi si là) non consommé de fission et, à plus courte échelle mais non moins malveillante, de l’abondant Carbone 14 et de l’Hydrogène 3 fabriqués par leur second étage de fusion ne nous désole guère. 

 

Une bombe H de fusion est amorcée par une bombe A de fission qui lui fournit compression, neutrons pour fabriquer en grande quantité l’indispensable tritium et les millions de degrés nécessaires pour le fondre avec le deutérium afin d’en tirer de l’énergie explosive. La charge initiale de l'étage thermonucléaire comporte du deutérium (eau lourde), du lithium et seulement quelques maigres grammes de tritium "préfabriqué" servant "d'amorce". A ces quelques grammes près, ce dispositif particulier auto-produit pratiquement la totalité du tritium radioactif qu'il fondra. Il lui en faut générer et fondre 7,4 kg par Mt. L’engin dispose à peine de quelques nanosecondes pour accomplir cette double tâche de confection et de fusion avant que la compression ne cesse. En dehors de ce délai, la fabrication du tritium qui se poursuit un peu au-delà est perdue pour tuer sur le champ par explosion mais gagnée pour tuer dans le temps par contamination... 

Un dispositif thermonucléaire amorcé par un très bref et très puissant allumage laser qui ferait l'économie de l'étage préalable de fission est théoriquement concevable. (Des laboratoires y travaillent. Cela ne fait auscun doute.) Il resterait cependant toujours incommensurablement radiotoxique. Il est même imaginable, toujours en théorie, avec le seul deutérium pour combustible et par la seule réaction de fusion D-D de 4,5 MeV productrice pour moitié d'hélium 3 stable et pour moitié d'hydrogène 3 radioactif (tritium). Il réclamerait pour cela un minimum de 38,82 kg de deutérium (H2) par Mt. Chaque atome de H2 fusionnerait idéalement là avec un autre sans manquer. 1 Mt nécessiterait de 1,16E28 atomes de H2 pour produire 5,8E27 fusions, 2,90E27 atomes de tritium en viendraient créés de toute pièce. Seule une fraction au plus de 1% du H3 façonné ayant le temps de fusionner,  il en découlerait en pratique une activité radioactive de 5,17 EBq pour 14,53 kg de tritium par Mt. Chaque Mt répandrait alors un équivalent de 1,34 milliard de Sievert par inhalation et 93  millions de Sievert par ingestion selon les facteurs de dose chez l'adulte de l'ICRP.

4,50 MeV * 1,602E-13 J/MeV = 7,210E-13 J

4,184E15 J/Mt/7,210E-13 J/fusion = 5,803E27 fusions/Mt

5,803E27 fusions/Mt * 2 = 1,161E28 atomes de H2 = 38,82 kg

5,803E27/2 * 1,781E-9 λ = 5,169E18 Bq /Mt de H3/2,14E20 Bq/g = 14,53 kg