mardi 9 mai 2017

Tchernobyl. Une explosion colossale puis un feu prolongé.




La catastrophe de Tchernobyl s'est déroulée en deux phases radiologiques distinctes.

La première, « dynamique » et subite, a brutalement projeté haut dans les airs plusieurs tonnes de combustible pulvérisé par l'explosion. La centrale décapitée a là éructé sans retenue 3,5% de son combustible et de son inventaire radioactif de 16,92 milliards de Curie dont 4,5 milliards de Curie rien que d’éléments de période de plus de 1 jour. Peu en a été conté mais plus de 6 tonnes de poussières fines d'uranium enrichi de plusieurs dizaines de milliards de Sievert respirables et, du plus éphémère au plus persistant, de plus d’un millier de périlleux radioéléments de fission et d'activation au taux dans lequel ils se trouvaient dans le carburant atomique ont été soufflées en l'air. Tout a été là dispersé au vent mauvais et au bonheur des bronches. Rien n’a été contenu. L’entier arsenal atomique alpha, bêta et gamma du combustible réduit en poussière, atomisé, a irrémédiablement envahi l’atmosphère avant de lentement retomber sur les terres nourricières du monde.

La seconde phase, graduelle et « chimique », attisée par 10 jours d'un feu qui a consumé environ 800 tonnes de graphite immodérément fourré, enrobé et caramélisé par 186 tonnes d’uranium fondu, gouvernée par la température du corium et le point d’ébullition des divers éléments chimiques présents, a exsudé en continu à des taux différenciés surtout des produits de fission volatils qui évaporent à « basse température », les gaz « nobles » ayant vite fui à 100% ou presque, et logiquement bien moins d’éléments réfractaires comme les uranifères qui vaporisent à plus de 3000°C.  (Les imposantes fumées de graphite, cet autre nom du charbon, ont certainement « mécaniquement » emporté bien plus de particules micrométriques d’UOX « réfractaire » qu’on ne le suppose.)

Une phase explosive brusque d'émission de l’ensemble des radioéléments disponibles dans les 6 « petites » tonnes de combustible entièrement volatilisé suivie d'une phase incendiaire prolongée d'exhalation sélective des radioéléments les plus volatils dans les 186 tonnes fondues de combustible resté dans l'édifice dévasté marque donc Tchernobyl. Autrement, si l'on s'en tient aux rapports officiels, tous les radionucléides sans exception ont de suite fui à au moins 3,5% de leur teneur dans le combustible irradié et les plus volatils d'entre eux ont même fini par atteindre de 5% à 100% de fuite au terme des 10 jours d'excursion.

Selon la littérature atomique la paroxystique éruption initiale a contribué pour au moins 40% de l'effluence radioactive totale et selon nos calculs pour plus de 80% de la radiotoxicité « durable » qui, ubiquitaire, omniprésente, invisible, nous agresse à notre insu sans relâche depuis ce fatidique 26 avril 1986 du côté de Tchernobyl.

L’outil liminaire de calcul « citoyen » ici disponible est justement conçu pour décrire le plus exhaustivement possible ce premier, soudain et trop tu moment de l'excursion radiologique ainsi que pour en suivre le tragique décours dans le temps.

Prenons garde à ceux qui nous indiquent le chemin des douches. Notre radioprotection nous appartient.

vendredi 31 mars 2017

Coup de gueule atomique.




S’il est indéniable qu’une retombée au sol qui suit de quelques heures l’explosion d’une bombe atomique est propice à causer des irradiations aigües durant quelques jours plus que ne l’est la retombée d’une centrale atomique en ruine, il est tout aussi indéniable que les retombées d’un réacteur endommagé causent un nombre considérablement plus élevé de victimes différées pour la simple raison qu’il libère une masse de produits de fission « durables » bien plus importante et bien plus toxique que ne le fait une seule bombe et contamine aussi plus pesamment un territoire beaucoup plus vaste.  Que cela soit dit clairement, Tchernobyl a éparpillé au moins 24,6 kilogrammes de Césium 137 alors qu’un dispositif au plutonium de 22 kt en dissémine 47,6 grammes. Tchernobyl a dispersé en particules fines plus de 16 kilogrammes de plutonium 239 alors qu’un dispositif avec un rendement de fission de 10% en abandonne 11 kg dans la nature. (Les bombes ne fonctionnent qu’en surcharge proportionnelle au rendement de fission et gâchent beaucoup de marchandise. C’est la raison pour laquelle elles ont diffusé 50 tonnes de nanoparticules de plutonium « non consommé » au cours de ces guerres du fallout que furent les essais.) Ne compter que les quelques centaines de victimes précoces des irradiations aigües de chacune est en cela faire preuve d’une malfaisance satanique et d’un engouement sans pareil pour la falsification et la mort car cela revient à cracher un fiel abject sur les innombrables liquidateurs prématurément disparus à qui nous devons la vie et à gommer les millions et les millions de victimes anonymes avérées, programmées et calculées de cette tragédie nucléaire sans fin.

Cela se sait pourtant. Un réacteur atomique fissionne continument un peu et accumule chaque jour plus de produits de fission « durables ». Un réacteur épargne et en somme grossit sans relâche son capital toxique séculier. En revanche, une bombe fissionne instantanément beaucoup mais sans jamais rien accumuler. C’est la raison pour laquelle les retombées de l’une et de l’autre si elles sont pour l’ensemble faites des mêmes radioéléments ne le sont toutefois pas du tout dans les mêmes proportions et n’ont par conséquent pas la même radiotoxicité « durable » qui est bien entendu la plus dangereuse car elle agit sur des siècles et des siècles. Comparer l’une à l’autre est donc déjà en soi un exercice un peu hasardeux, qui plus est ne prendre en compte que les victimes des irradiations aigües de l’une et de l’autre pour en confronter la dangerosité est une criminelle escroquerie dont le but ultime est l’occultation des millions de victimes différées de cette tragédie nucléaire moderne civile et militaire.


Post scriptum  Cs137 par kt pour une charge au Pu239

1,444E+23 at./kt * 6,58% Rdf = 9,50E21 atomes de Cs137 * 7,312E-10 λ = 6,947E12 Bq/kt soit 6,95 TBq ou 187,82 Ci/kt pour 2,16 gr/kt